Musée Guggenheim

AMIE SIEGEL

HIVER

23 novembre 2017 – 11 mars 2018

Évoluant constamment entre divers médiums, comme le cinéma, la vidéo, la photographie ou le son, Amie Siegel (Chicago, 1974) s’applique à dévoiler de multiples strates de sens dans ses installations minutieusement élaborées. Tandis que les récits opèrent comme des territoires, documents et artefacts fonctionnent comme autant de marqueurs matériels de la mémoire, du désir et du réel, avec lesquels l’artiste explore la relation entre le film et les circonstances de son propre tournage. L’installation à grande échelle Hiver (2013), fruit de la réflexion que mène Siegel depuis longtemps sur les liens entre l’image et le son dans la production et la post-production cinématographiques, illustre pleinement sa façon d’aborder la forme ouverte et constitue une de ses oeuvres les plus radicales à ce jour.

Dans chaque présentation d’Hiver, Siegel collabore avec les agents locaux (musiciens, acteurs ou techniciens de son), approfondissant ainsi la relation de l’oeuvre avec son emplacement temporaire et resituant la projection dans un espace de production itinérante. De cette façon, chaque reproduction de ce film captivant et post-apocaliptique est réinterprétée au moyen d’une bande-son créée en direct et en état permanent de changement, dans laquelle la voix off, les effets de son et la musique donnent forme à une partition vivante qui se déploie au cours des trente minutes que dure chaque projection de l’oeuvre. Plus qu’un doublage, il se produit dans Hiver un dédoublement constant qui met en relief la fluidité de l’image filmique en fonction des divers scénarios sonores. Ainsi, l’atmosphère et l’intensité émotionnelle fluctuent à chaque projection. Tourné dans les habitations chaulées d’aspect biomorphe conçues par le défunt architecte Ian Athfield dans des zones enclavées et distantes de Nouvelle-Zélande, Hiver reflète la vie d’une communauté humaine qui semble être la dernière sur la Terre. La contemplation d’un environnement désert ou des reliques d’une civilisation éteinte par les personnages fait penser au résultat d’une guerre nucléaire ou d’une catastrophe écologique. L’architecture et les éléments du décor paraissent en même temps futuristes et obsolètes. Les oiseaux, en particulier, semblent jouer un rôle spécial dans la nostalgie des survivants. L’aspect familier des lieux et des objets représentés renforce la sensation ambiguë d’étrangeté, et la bande-son du film se révèle comme une clé pour donner du sens à l’ensemble.

Alternant sons enregistrés et interprétation en direct, cette présentation d’Hiver permet aux visiteurs d’expérimenter la salle d’exposition comme un espace actif de production et de création. L’oeuvre, à l’origine commandée par la Triennale d’Auckland en 2013, est montrée ici, dans le Musée Guggenheim Bilbao pour la première fois en Europe.